C'est ça finalement l'étrangeté. Qu'est-ce qu'il veut celui qui veut être écologiste ? Tentative de diagnostique du présent : il semble que nous entrions dans une nouvelle ère religieuse. Une religion païenne, animiste, celle de l'idolâtrie de la nature. L'écologiste, c'est celui qui veut développer un art de vivre qui est soumission à l'ordre naturel, c'est-à-dire à la nécessité. Il faut distinguer, d'une part, le respect du cycle de la nature (refus des OGM, refus de la monoculture) ; d'autre part, la pérennité de la nature (refus de l'urbanisme violent). Après notre désincarcération de l'animalité (et donc un accès à la liberté ; lire à ce propos La domestication de l’être, de Sloterdijk), on retourne à la nécessité de la nature. Amour du destin, aime ce qui vient. Il y a un genre de foi, d'espérance, d'abandon, de confiance dans le destin, dans les cycles de la nature, dans son harmonie. Même finalement, le point de vue anthropocentriste renvoie à cette confiance en la nature : c'est pour des raisons de santé (l'angle naturel de l'individu, son corps-animal) que l’on privilégie un mode d’alimentation naturel. Il y a une méfiance contemporaine de l'artificiel. L'artificiel, c'est ce qui renvoie à l'apparence, la fausseté, le négatif, il y a un soupçon sur la nature de l'artificiel, le vide derrière l'apparence.
La nature, c'est l'authenticité ; par opposition à tout ce qui est artificiel. Ce qui est artificiel, c'est ce qui est douteux, illusoire, ce qui produit un effet de réalité mais ne se confond pas avec la réalité (songez au café lyophilisé, au sucre sans sucre….).
Qu'est-ce qu'il veut celui qui veut être écologiste ? Etre écologiste, c'est une soif de vérité et d'authenticité ?!! C'est un paradoxe étrange. La nature, c'est traditionnellement, le lieu du mouvement, de l'effroi, de l'instabilité, de l'éphémère, de l'irrégularité, de l'imprévue, de la spontanéité, de l'absence de règle voire du danger (voir le tableau de Fragonard, La balançoire). L'artifice humain, la culture, la ville, c'est la tentative de créer un univers stable, réglé, c'est la production d'un univers permanence, la création d'un monde d'objets qui ne passe pas (cf. la notion d’œuvre de H. Arendt). Or, par un curieux renversement, le monde de l'œuvre humain se désagrège. Il est soumis aux mêmes lois que la nature (cycle destruction/production). Il devient artificiel, instable et non-permanent. Il y a alors un renversement, on se tourne vers la nature afin de retrouver des règles plus stables, un univers permanent et réel. On se sent mieux dans l'inhumanité de la nature que dans (désormais) celle de la civilisation. La civilisation est désertée, rendue inhabitable. Nous sommes écologistes par défaut, par faillite de la civilisation.