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Mardi 28 décembre 2010 2 28 /12 /Déc /2010 15:04

C'est ça finalement l'étrangeté. Qu'est-ce qu'il veut celui qui veut être écologiste ? Tentative de diagnostique du présent : il semble que nous entrions dans une nouvelle ère religieuse. Une religion païenne, animiste, celle de l'idolâtrie de la nature. L'écologiste, c'est celui qui veut développer un art de vivre qui est soumission à l'ordre naturel, c'est-à-dire à la nécessité. Il faut distinguer, d'une part, le respect du cycle de la nature (refus des OGM, refus de la monoculture) ; d'autre part, la pérennité de la nature (refus de l'urbanisme violent). Après notre désincarcération de l'animalité (et donc un accès à la liberté ; lire à ce propos La domestication de l’être, de Sloterdijk), on retourne à la nécessité de la nature. Amour du destin, aime ce qui vient. Il y a un genre de foi, d'espérance, d'abandon, de confiance dans le destin, dans les cycles de la nature, dans son harmonie. Même finalement, le point de vue anthropocentriste renvoie à cette confiance en la nature : c'est pour des raisons de santé (l'angle naturel de l'individu, son corps-animal) que l’on privilégie un mode d’alimentation naturel. Il y a une méfiance contemporaine de l'artificiel. L'artificiel, c'est ce qui renvoie à l'apparence, la fausseté, le négatif, il y a un soupçon sur la nature de l'artificiel, le vide derrière l'apparence.

La nature, c'est l'authenticité ; par opposition à tout ce qui est artificiel. Ce qui est artificiel, c'est ce qui est douteux, illusoire, ce qui produit un effet de réalité mais ne se confond pas avec la réalité (songez au café lyophilisé, au sucre sans sucre….).

Qu'est-ce qu'il veut celui qui veut être écologiste ? Etre écologiste, c'est une soif de vérité et d'authenticité ?!! C'est un paradoxe étrange. La nature, c'est traditionnellement, le lieu du mouvement, de l'effroi, de l'instabilité, de l'éphémère, de l'irrégularité, de l'imprévue, de la spontanéité, de l'absence de règle voire du danger (voir le tableau de Fragonard, La balançoire). L'artifice humain, la culture, la ville, c'est la tentative de créer un univers stable, réglé, c'est la production d'un univers permanence, la création d'un monde d'objets qui ne passe pas (cf. la notion d’œuvre de H. Arendt). Or, par un curieux renversement, le monde de l'œuvre humain se désagrège. Il est soumis aux mêmes lois que la nature (cycle destruction/production). Il devient artificiel, instable et non-permanent. Il y a alors un renversement, on se tourne vers la nature afin de retrouver des règles plus stables, un univers permanent et réel. On se sent mieux dans l'inhumanité de la nature que dans (désormais) celle de la civilisation. La civilisation est désertée, rendue inhabitable. Nous sommes écologistes par défaut, par faillite de la civilisation.

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Dimanche 26 décembre 2010 7 26 /12 /Déc /2010 02:25

Il y a un espace commun qui est construit par le dialogue. Il s’agit du lien du bien public. Il y a une communauté d’argumentation. Le dialogue s’oppose donc à la violence. Le dialogue a un rapport avec la vérité. On peut parvenir à la vérité par le langage. Concevoir le dialogue comme ce qui permet d’arriver à la vérité est typiquement platonicien. Le dialogue permet le dégagement d’un consensus. Le consensus, c’est ce qui est admis par tout homme rationnel.  On distingue  entre l’inter - subjectivité qui permet d’arriver à un consensus  et l’objectivité qui permet d’arriver à la vérité. La limite du dialogue, c’est le silence. Le dialogue renvoie à  quelque chose de plus que le simple échange, il y a des valeurs internes aux dialogues. Les objets du dialogue sont controversés. Ils naissent d’un différent mais à l’intérieur d’un espace commun de valeurs.

 

Il y a une limite au dialogue, c’est le fait de ne pas partager le même horizon de valeur. Il n’y a dialogue possible que lorsqu’il y a des divergences sur un fond commun. A partir du non – respect de certaines valeurs, il y a une impossibilité de dialogue (par exemple, l’écologie et la rationalité économique). Quand il y a des valeurs incommensurables, il n’y a pas de dialogue possible. Il faudrait accepter des prémisses de base  (selon lesquels l’industrie pollue par exemple)  pour qu’il y ait dialogue.


  http://www.monde-diplomatique.fr/2004/02/DERRIDA/11005


Le terroriste, c’est le silencieux, celui qui refuse le dialogue, celui qui se tait. Le silence, c’est la violence. Le terroriste fait du bruit, il ne parle pas. Il n’y a pas discours quand il parle, il n’y a que du bruit. Il est impossible de dialoguer avec un terroriste. Il ne partage pas du tout le même horizon de valeur que nous. Il n’y a aucun fond commun de divergence. Parler à un terroriste est inutile. Il est déterminé par une éthique de la conviction (Cf. Weber, Economie et société). Le consensus (ce type de vérité dialectique et dialogique) n’est pas son objectif.  D’un point de vue théorique, le terroriste pense détenir la vérité. D’un point de vue pratique, il s’agit d’un comportement régi par la rationalité en valeur : il faut qu’une valeur absolu soit respectée quelques soient les conséquences et les moyens. C’est la figure du fanatique. « Dieu seul s’occupe des conséquences », Télémaque, Fénelon.

 

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Vendredi 24 décembre 2010 5 24 /12 /Déc /2010 14:32

http://ecologie.blog.lemonde.fr/2010/11/19/ces-paysans-victimes-de-laccaparement-des-terres-au-guatemala/

 

J'ai lu cet article sur la dépossession des terres des paysans. Ça me faisait penser à ce que disait Arendt sur le mal : le mal, c'est refuser à une personne sa place sur terre, c’est le refus de partager la terre avec d’autres hommes. Elle disait cela à propos du génocide des juifs. Eichmann a été exécuté pour ce refus : « Et parce que vous avez soutenu et exécuté une politique qui consistait à refuser de partager la terre avec le peuple juif et les peuples d’un certain nombre d’autres nations[…] pour cette raison seule vous devez être pendu. » (Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem, Rapport sur la banalité du mal, trad. A. Guérin, Folio histoire, Gallimard, 1991. p. 443 sq). Aujourd'hui, on pourrait utiliser cette théorie pour ces paysans sans terre. On assiste à la naissance d'être sans terre, d'être sans lieu, sans habitation. Zizek développe un concept intéressant, celui d'homo sacer. Ce concept désignait "dans l'ancienne loi romaine quelqu'un qui pouvait être tué en toute impunité, et dont la mort n'avait, pour la même raison, aucune valeur sacrificielle", (Zizek, Que veut l’europe ? Réflexion sur une nécessaire réappropriation, Champ Flammarion, p. 67). On pourrait les rapprocher des "sans papiers" en France. Un Homo Sacer est une personne exclue du droit, moins qu'un citoyen car pas défendu par les mêmes lois. Les paysans sans terre sont ce genre de catégorie. Ils touchent au néant. Ils sont retirés de la communauté des hommes. Etre un humain, c'est avoir une terre, habiter un lieu (on voit combien le mode de vie nomade des tziganes en France est problématique, le nomade, le sans terre, c'est l'autre absolu, celui qui n'a pas de visage, l'altérité pure). Je me souviens d'avoir lu dans Histoire de la folie de Foucault, une description édifiante de la nef des fous, ces barques qui naviguaient entre les villes, errantes sur les fleuves, et remplis de fous. Rejetés de partout, ils vivaient dans le pur transit, il n'avait pas de lieu, il vivait sur la frontière, sur la marge (c'est pire que d'être en marge, là, au moins tu es quelque part). Ils n'étaient rien. Les paysans sans terre ne sont presque plus rien. Moins que des hommes ?

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Jeudi 17 mai 2007 4 17 /05 /Mai /2007 15:57

Les manifestations contre l'élection à la fonction présidentielle de Nicolas Sarkozy sont une grave erreur car anti-démocratique. Le peuple est souverain. A travers les élections démocratiques est désigné celui qui sera président de la république. La légitimité donnée par des urnes est souveraine. On ne peut pas s'y opposer sans tomber dans une grave confusion. R. Aron définissait la démocratie comme "l'organisation de la concurrence  pacifique en vue de l'exercice du pouvoir", et "la concurrence pour l'exercice du pouvoir implique la désignation de certains individus pour exercer les fonctions de commandement." surtout il soulignait que ceux qui ont perdu devait accepter la sanction de cette concurrence par le vote. Sinon on remettrait en cause les règles qui organisent la concurrence : "la constitution".

Par Wilfried Mathurin - Publié dans : REMARQUES MELEES
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Samedi 14 avril 2007 6 14 /04 /Avr /2007 12:48
Nicolas S. soutient que nous sommes déterminés dans nos actions par notre patrimoine génétique. La thèse est évidemment non seulement fausse mais également inquiétante. Fausse car ce que nous sommes est le produit de nos expériences, nos rencontres, notre patrimoine génétique (un peu) mais également notre possibilité de nous arracher aux déterminismes. La dignité de l'homme, c'est cette possibilité ouverte de ne pas être un simple objet mais un sujet.  Nous pouvons être producteur de commencement, produire des ruptures dans notre devenir humaine. Inquiétant car cette thèse a des conséquences politiques considérables :  si la violence est inscrite dans les gênes comment alors concevoir le rôle de l'éducation ? Elle ne sert à rien ??? On accentue alors le rôle de la sanction, le poids de la police au détriment de l'éducation ????  Réprimer et non plus éduquer ???
Par Wilfried Mathurin - Publié dans : REMARQUES MELEES
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